Lundi 9 juillet 2007
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13:47
Partage du territoire
(avant-propos)
L’Homme de bois était une
fresque miniature, une micro genèse, Chiens de guerre une eau forte quasi fantastique, La Veilleuse un patchwork humaniste…Ensuite ? J’arrive à ce point où tous les textes sont possibles, et aucun. Dans le
retrait où je me tiens, loin des lieux où il faut être pour se promouvoir, j’éprouve à nouveau la « fatigue des mots ». J’aimerais être le corbeau qui décrit la campagne comme elle
l’est aux premières heures du jour, ce vol noir parmi d’autres au-dessus des blés de Vincent. Il me semble que c’est là que peut tenir l’humilité. Je pense à Jean-Loup Trassard, le bien nommé.
M’apparaît aussi, à la lecture du dernier journal de Charles Juliet, « Au pays du long nuage blanc », combien j’ai pris mes distances avec la fiction, combien le roman, art du montage
narratif, ne me convient pas. Une prise de parole libre dans sa forme et dans sa composition, inattendue si possible, respectant ou pas la chronologie de mes jours, de mes textes, un livre ouvert
de toutes parts, accueillant, voilà ce que je souhaite désormais.
J’aimerais que ce livre soit d’abord le compte rendu de ce que j’aurai appris en l’écrivant. Ajouter des « entités fictives », comme les
appelle Pierre Michon, à toutes celles qui ont été crées ? Le processus fascine encore parce qu’il est illimité. On peut accumuler les fictions avec un grand savoir-faire, désormais, sans
égaler à mes yeux les réussites foudroyantes dans l’histoire du roman. On peut passer et repasser sous le volcan sans être Malcolm Lowry. On peut ainsi satisfaire à la matrice romanesque et aux
formes privilégiées par le marché littéraire, l’économie du livre. S’en éloigner, au contraire, rester sourd aux injonctions qui réclament encore et toujours « du roman »,
catégorie qui connaît encore de beaux textes mais qui s’avère surtout marchande, rentable pour l’industrie et pour quelques auteurs, n’est pas un risque pour moi. N’étant reconnu que par une
poignée de lecteurs, précieux un à un, et par aucune institution, je n’ai à m’affranchir de rien que d’une « représentation sociale », d’un désir de place à occuper, qui entrave tout
véritable mouvement. Une mutation s’opère en moi, lente, joyeuse et douloureuse tour à tour. En clair, je ne me dois plus rien, sur le plan de l’écriture, que de me faire plaisir en tentant, à
l’instar de Pascal Quignard au moment du « Dernier royaume », mais dans un registre évidemment plus limité, laborieux et profane, plus autobiographique aussi, une « déprogrammation
de la littérature », un livre qui tiendrait à la fois du journal atemporel, du recueil de nouvelles et de poèmes, de réflexions ébauchées, de citations disséminées, un livre d’images
peut-être. Un partage de mon territoire.
J’entre donc en écrivance, espace-temps où les textes pourront se rassembler, s’articuler ou non, et croître entre des constructions déjà
données, dont beaucoup sont en ruines ; un acte de veille et de résistance au présent, de silence parfois, d’errance vers mes sources et mes devenirs.
S.P.
Par Stéphane Padovani
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Publié dans : Journal atemporel
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